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Bulletin Oeconomia Humana

Hiver 2014, volume 12, numéro 1


Formation en RSE et DD des scientifiques et ingénieurs poursuivant des études en gestion

Par Lovasoa Ramboarisata, professeure à L'ESG UQAM.

 


 

Quel rôle les écoles de gestion jouent dans la formation de scientifiques et d’ingénieurs éthiques, socialement responsables et sensibilisés aux défis du développement durable? Une telle question se pose dans un contexte où d’une part, l’acquisition d’un diplôme en gestion est considérée comme bonifiant la formation des professionnels ayant été formés en science et en génie et d’autre part, tant les gestionnaires que les ingénieurs et autres scientifiques œuvrant en entreprises ont été sévèrement critiqués ces dernières années suite à la médiatisation au Québec et ailleurs de contre-performance en matière sociale, environnementale et éthique (corruption, insécurité des produits, non transparence sur les risques associés à l’utilisation des produits, obsolescence programmée des produits, retard dans les innovations vertes, non-respect des normes de santé et sécurité au travail dans les filiales ou chez les sous-traitants outre-mer, etc.).

Ce texte résume les propos que j’ai partagés lors de deux événements, soit la conférence annuelle du réseau EESD (Engineering Education dor Sustainable Development) à l’Université de Cambridge en septembre 2013 et l’atelier ‘Enseignement du DD suivant une approche disciplinaire’ organisé par le CIRODD à l’UQAM en février 2014, ainsi que les réflexions qui en ont découlé. Lors des deux activités, la question épineuse mais non récente de la formation non-technique, voire socio-politique des scientifiques a été abordée. L’idée selon laquelle l’intégration des matières issues des sciences humaines et sociales au cursus des scientifiques est un passage obligé pour faire de ceux-ci des professionnels éthiques, socialement responsables et sensibilisés au développement durable, a été partagée par les participants. Les interrogations sur le ‘comment?’ (Quelles matières? Quelle pédagogie? A quel moment du cheminement? etc.) et le ‘par quelle(s) institution(s)?’ (Ordres professionnels? Facultés, et lesquelles? etc.) continuent à faire l’objet de discussions et même de controverses. Mes propos ont été basés sur l’hypothèse que les écoles de gestion, bien qu’en n’ayant pas le monopole de la socio-politisation de la formation des scientifiques, ont et devraient avoir un rôle à jouer plus précisément quant à l’offre d’un cursus intégrant l’éthique, la RSE et le DD aux scientifiques poursuivant des études de deuxième cycle en gestion.

L’acquisition de connaissances en Management a été considérée depuis le début des années 1900 comme une valeur ajoutée à la formation des ingénieurs. De plus, la demande croissante de main-d’œuvre scientifique et d’ingénieurs-gestionnaires dans différentes industries (santé, agro-alimentaire, technologie de l’information et de la communication, biotechnologie, énergie, construction, aéronautique, etc,) a motivé, ces dernières décennies, les professionnels ayant une formation de premier cycle en science et génie à acquérir de la formation en gestion. Dans les plus grandes écoles de gestion, les scientifiques et ingénieurs comptent pour plus du tiers de l’effectif des programmes de MBA (34 % à Harvard Business School en 2014, 37 % à l’école de gestion de l’université de Stanford en 2014, 42 % aux INSEAD en France et à Singapour en 2013, 36 % à l’école de gestion IESE en Espagne en 2013, 48 % à l’école de gestion CEIBS en Chine en 2011). Face à cette demande, les écoles de gestion ont développé des programmes dédiés via notamment des concentrations à l’intérieur du MBA (Par exemple, à l’école des HEC Paris, des spécialisations telles l’innovation digitale et l’aviation et aérospatiale sont offertes. A l’école de gestion Anderson de l’UCLA, les spécialisations au MBA incluent le leadership technologique et la gestion de la santé. La SDA Bocconi en Italie offre, quant à elle, les spécialisations telles gestion de l’innovation, santé, agro-alimentaire. A l’UQAM, un programme entier en science et génie est offert depuis 2008) ou la double diplomation avec des écoles d’ingénieurs ou d’autres facultés. Ainsi, tant du côté de la demande que de celui de l’offre, l’intérêt pour la formation des scientifiques et des ingénieurs en gestion est bien manifeste. Mais dans quelles mesures l’offre actuelle des écoles de gestion permet de former des scientifiques et ingénieurs capables non seulement de gérer ou d’œuvrer en entreprise mais en plus, de le faire de manière éthique, socialement responsable et contribuant au développement durable? Mes propos lors des événements mentionnés ci-haut ont visé également à livrer les conclusions préliminaires de l’analyse du contenu des programmes de MBA et de maîtrise es science de la gestion dédiés aux scientifiques et ingénieurs dans les écoles de gestion nord-américaines que j’avais réalisée. Deux principaux constats s’imposent. Premièrement, les thèmes de l’éthique, de la RSE et du DD sont intégrés au cursus. Le contenu de ces programmes de deuxième cycle spécialisés en science et en génie inclut, dans un peu plus des trois quarts des cas, au moins un cours obligatoire traitant de l’éthique et des thèmes connexes. De plus, plusieurs cours traitant du développement durable sont offerts en options (electives) aux étudiants de MBA spécialisés en science et en génie, à l’intérieur même des écoles de gestion ou peuvent être suivis dans d’autres facultés (science informatique, science de la terre, science agronomique, géographie, etc.). Deuxièmement, malgré l’éthicisation et le verdissement de la formation des scientifiques et des ingénieurs dans les écoles de gestion, à la fois la facette socio-politique du DD et le questionnement plus large de la responsabilité des scientifiques et des ingénieurs, surtout lorsqu’ils deviennent des gestionnaires d’organisations, ainsi que le rôle même le leurs organisations dans la société, s’avèrent encore peu abordés. Ces conclusions préliminaires corroborent des critiques antérieures qui ont également constaté que la formation actuellement offerte, plus particulièrement aux ingénieurs-managers, demeure circonscrite à l’intérieur des impératifs de l’obligation professionnelle (par exemple, via la connaissance des fondements et des applications des différents codes de conduite et de déontologie) et de la poursuite de la performance davantage écologique (par exemple, via les connaissances des fondements et des pratiques de l’éco-conception, de l’écologie industrielle, etc.), et ne traitent pas nécessairement des enjeux plus larges auxquels sont toutefois confrontés les organisations dans lesquelles ces professionnels travaillent (par exemple, la tarification des médicaments dans les pays en développement, les risques perçus et réels associés à la nanotechnologie, la gouvernance des organismes de surveillance de certaines industries telles l’agro-alimentaire, le pharmaceutique, etc.) et qui amènent obligatoirement à compléter les compétences en résolution de problèmes techniques et gestionnaires par celles en analyse socio-politique. Bien malgré ces constats, l’analyse de contenu que j’ai réalisée a aussi permis de relever quelques cas innovateurs en enseignement de la RSE et du DD aux scientifiques et ingénieurs dans les écoles de gestion. La prochaine étape de mon étude, dont je résumerai les principaux constats dans un numéro ultérieur du bulletin, vise à se pencher plus spécifiquement sur ces innovations que l’on pourrait déjà qualifier comme à la fois pédagogiques et institutionnelles.

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