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Bulletin Oeconomia Humana

Hiver 2014, volume 12, numéro 1


Synthèse du panel d’experts en développement durable lors de la 8e Conférence UNISFERA sur l’entreprise et le développement durable / RSE

- Les 3 et 4 décembre 2013 – Centre Mont-Royal, Montréal -

Par Eric Fortin, étudiant à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM

 


 

Marie-France Turcotte, directrice du Réseau entreprise et développement durable et professeure de gestion à l'École des Sciences de la Gestion de l’UQAM, a animé le 4 décembre dernier la présentation d’un panel d’experts sur le thème « Innover pour le développement durable ». Cette présentation s’est déroulée à Montréal dans le cadre de la 8ième Conférence Unisféra sur l’entreprise et le développement durable / RSE.


Les 3 panélistes à prendre la parole furent Thierry Lopez, Directeur Marketing Future Shop et Affaires corporatives Québec, chez Best Buy Canada Ltée, Mario Quintin, Directeur, Développement durable, à la Société des alcools du Québec (SAQ) et Steve Teasdale, Vice-Président, Affaires scientifiques, chez Innu-Science Canada.

Le panel a pu démontrer que les objectifs de développement durable peuvent différer d’une entreprise à l’autre et qu’il existe une grande variété d’activités « innovantes » dans le domaine.


Monsieur Lopez (Best Buy Canada Ltée) a d’abord mentionné que son organisation cherche à réduire son empreinte écologique en adoptant des mesures de réduction, de réutilisation et de recyclage des ressources en plus de faire de la sensibilisation auprès de ses parties prenantes (employés, partenaires et clients). Les activités déployées concernent principalement la gestion de sa consommation de ressources (électricité, carburant, papier, emballages, etc.), l’offre en produits de seconde main et en services de récupération de déchets électroniques, le déploiement d’activités d’éducation en développement durable et l’aide à la communauté (dons financiers et en objets récupérés).


Pour sa part, monsieur Quintin (SAQ) a évoqué le fait que son organisation porte une attention particulière à la chaine d’approvisionnement et à l’analyse du cycle de vie du produit. Un projet en cours de réalisation permettra d’ailleurs au consommateur de faire un choix plus éclairé en matière de consommation responsable (normes et certifications, types de pesticides et d’insecticides utilisés, conditions de travail, etc.). Des efforts sont également faits pour réduire le poids des bouteilles et trouver de nouveaux débouchés au verre recyclé (poutres, peinture, trottoirs, dalles, etc.)


Quant à monsieur Teasdale (Innu-Science), celui-ci a mentionné que les objectifs de développement durable sont la raison même d’être de son entreprise. Cette dernière a développé des produits biotechnologiques pour faire contrepoids à l’industrie des produits chimiques de nettoyage professionnel. L’innovation technologique fut donc présente tout au long du développement de l’entreprise. Une valeur éducative a été ajoutée à sa mission dès le départ pour assurer la bonne utilisation des produits biologiques et réduire au maximum l’utilisation des produits chimiques. L’entreprise a récemment adopté certaines démarches stratégiques en développement durable et en RSE (consultations des parties prenantes, intégration du Plan directeur et du rapport de développement durable, etc.)
La période de questions suivant ces trois présentations a permis de mettre en lumière le grand intérêt de l’auditoire pour la valorisation de la fin de vie des produits (retour en magasin, recyclage, prolongation de la durée de vie, etc.) et pour les stratégies de mise en œuvre des programmes d’information et de consultation sur le développement durable auprès des parties prenantes (relations avec les fournisseurs, implication des employés, information au public, etc.). Voici donc un aperçu des principales questions et réponses posées aux 3 panélistes :

QUESTIONS DE L’AUDITOIRE À MONSIEUR THIERRY LOPEZ DE BEST BUY CANADA LÉE


QUESTION 1
: Considérant la grande quantité de produits qui finissent par être jetés aux poubelles, que fait Best Buy Canada pour diminuer ce comportement et aussi augmenter la réutilisation des produits en fin de vie lorsqu’ils sont rapportés au magasin?
RÉPONSE : Best Buy Canada n’est pas une entreprise spécialisée en environnement, elle opère en tant que détaillant de produits neufs ou reconditionnés. Elle fait des efforts en environnement de la bonne façon tout en étant efficace sur le plan financier, elle ne prétend pas en faire plus, donc elle n’est pas dans le « greenwashing ». Par rapport aux produits de fin de vie, il y a effectivement beaucoup à faire. Best Buy Canada a commencé par introduire des écofrais généraux mais la prochaine étape serait de mettre en place des écofrais relatifs aux valeurs écoénergétiques de chacun des produits.


QUESTION 2 : Concernant les produits ramenés en magasin pour les dons, où vont-ils une fois rendus dans les organismes de charités? Et combien de temps y restent-ils? Et pour le mythe voulant que les produits ne soient pas faits pour durer – pour encourager la consommation – qu’est-ce que Best Buy Canada peut faire?
RÉPONSE : Ce programme est ponctuel et permet de donner des appareils photo aux jeunes via des organismes qui leur viennent en aide. Il est différent du programme de recyclage des produits électroniques en fin de vie, lequel cherche entre autres à répondre aux lois provinciales. Ensuite, BBC s’associe aux recycleurs pour tenter d’en jeter le moins possible. Pour l’obsolescence « programmée », Best Buy Canada commence par envoyer le maximum de produits possible vers ses centres de liquidations. Elle n’a malheureusement pas beaucoup d’emprise à ce niveau puisque cela dépend des fournisseurs et qu’il serait bien difficile d’exiger à un fabricant de ne pas changer son modèle après quelques années.


QUESTION 3 : Y a-t-il des différences culturelles entre les régions ou les localités qui peuvent expliquer l’existence de différences en termes de préoccupation environnementale ou de développement durable?
RÉPONSE : Non, pas vraiment, mais il y a surtout des différences provinciales quant aux comportements d’achats et de mise en marché.QUESTIONS DE L’AUDITOIRE À MONSIEUR MARIO QUINTIN DE LA SAQQUESTION 1 : Concernant la réduction du poids des bouteilles, comment la SAQ gère-t-elle l’acceptabilité de la part de sa clientèle face à un tel changement?RÉPONSE : La SAQ réalise des consultations auprès de sa clientèle et les données montrent que pour la consommation courante (vin à prix abordable, soit 80 % du volume), il ne semble pas y avoir de problème d’acceptabilité face à ce changement à venir. Il y aura une campagne d’information à cet effet dès 2015 (objectifs, avantages, gains, etc.).


QUESTION 2 : Au niveau de la direction, y a-t-il une relation qui s’établit entre la performance globale de l’organisation et la démarche de développement durable qui est déployée?
RÉPONSE : Pour faire avancer ces projets, il doit nécessairement y avoir un retour sur l’investissement et c’est le cas pour l’ensemble des projets. Par exemple, pour le verre allégé, on parle de plusieurs millions de dollars d’économie. Donc, chaque projet est monté comme un plan d’affaires avec une consultation des parties prenantes et un tableau de bord contenant les indicateurs de performance.


QUESTION 3 : En prenant l’exemple des bouteilles qui ne sont pas consignées par la SAQ (comme en Ontario), comment gère-t-on le développement durable dans une entreprise qui n’est pas nécessairement axée culturellement sur le développement durable?
RÉPONSE : Mario Quintin considère que la SAQ est relativement axée sur le développement durable parce qu’entre autres les indicateurs de développement durable sont suivis 4 fois par an par le Comité de direction de l’entreprise et que, dans chacune des divisons, il y a des actions à livrer en ce sens. Des ponts sont établis avec les producteurs québécois en matière de développement durable, mais le volume de production étant faible, il demeure difficile d’appliquer les mêmes procédures qu’en Ontario. Et pour ce qui est des bouteilles, il s’agit d’un autre débat. La SAQ cherche avant tout à chercher des débouchés pour les bouteilles, peu importe qu’elles soient consignées ou qu’elles arrivent par la voie du recyclage.


QUESTIONS DE L’AUDITOIRE À MONSIEUR STEVE TEASDALE D’INNU-SCIENCE


QUESTION 1 : Innu-Sciences envisage-t-elle d’étendre ce concept aux consommateurs?
RÉPONSE : Il y a eu un projet pilote en Afrique du Sud en ce sens qui a cependant a été arrêté parce qu’une telle stratégie d’affaires ne répondrait plus aux valeurs de l’entreprise.


QUESTION 2 : Pour faire une grande différence au niveau des impacts, pourquoi Innu-Science n’a-t-elle pas convoité le marché américain?
RÉPONSE : Cela n’a pas été fait au début sans doute par négligence, mais il y a également le fait que les premiers clients furent établis là où le besoin se faisait davantage sentir, comme en Suède par exemple. Cependant, depuis quelques années, le marché américain se montre plus réceptif à ce genre de produits. Nous avons d’ailleurs une personne basée à New York depuis un an pour sonder le terrain.


QUESTION 3 : Vu ce succès fort innovateur dans le domaine des produits écologiques, comment se fait-il que l’on n’entende pas parler davantage d’Innu-Science?
RÉPONSE : C’est probablement en raison d’une discrétion volontaire et aussi du fait que la mission de l’entreprise ne requiert pas d’être connue du grand public.


QUESTION 4 : Comment l’entreprise a-t-elle réussi à trouver il y a 25 ans du financement pour la mise en marché d’un produit en développement durable et allant à contre-courant?

RÉPONSE : Cela a sans doute été fait de la plus mauvaise façon : les deux associés se sont lancés dans le vide en quittant leur emploi après avoir contracté deux prêts personnels de 5 000 $. Ensuite, un concours a permis d’ajouter une subvention de 30 000 $. En fait, il aurait été préférable de prendre le temps d’accéder à des subventions d’aide au démarrage d’entreprise. Cependant, même si les 15 premières années furent difficiles, ce fut une belle aventure.

QUESTIONS GÉNÉRALES AUX 3 PANÉLISTES

QUESTION 1 à Mario Quintin : Considérant la réponse déjà donnée à l’un des congressistes au sujet de la consignation non appliquée au Québec alors que c’est le cas en Ontario, est-ce que la SAQ entrevoit la possibilité de le faire dans un proche avenir et y aurait-il des gains à en retirer?
RÉPONSE de Mario Quintin : Le cas des bouteilles de vin diffère de celui des bouteilles de bière. En fait, il y a eu standardisation des formats des bouteilles de bières, ce qui rend plus facile la réutilisation de celles-ci par les divers brasseurs du pays, mais il en va autrement pour les fournisseurs de vin qui sont répartis à travers le monde et qui ont tous leur propre format de bouteille. La multiplicité des formats et aussi les distances de transport rendent la consignation difficile à appliquer. Pour la SAQ qui n’embouteille pas, il est important de faire de la recherche et développement (elle en fait depuis 10 ans) pour trouver des débouchés au verre recyclé. Il y a aussi le monopole détenu par les 3 grands fabricants de verre du monde - hors Québec - envers qui il demeure difficile d’imposer des exigences (par exemple sur les formes et couleurs des bouteilles). Aussi, les analyses de cycle de vie montrent qu’environ 75 % des impacts environnementaux se retrouvent dans la production des bouteilles et 15 % dans leur transport. Ainsi, s’il demeure difficile d’interagir au niveau de la production des bouteilles, nous pouvons néanmoins le faire au niveau du transport.

QUESTION 2 à Mario Quintin et Thierry Lopez : Considérant le volet social de l’analyse de cycle de vie que la SAQ a fait et le peu d’emprise qu’elle a à cet effet, qu’elle serait le levier de la SAQ pour influencer l’amélioration des conditions de travail par exemple? Et pour Best Buy?
RÉPONSE de Mario Quintin : La SAQ commence par vérifier s’il n’y a pas des normes dans les pays concernés qui peuvent améliorer la situation. Quand c’est le cas, la SAQ avise les fournisseurs de l’existence de ces normes (par exemple des appels sont faits aux 50 plus gros vendeurs) et qu’un affichage sera établi au Québec pour tenir compte de cette réalité.
RÉPONSE de Thierry Lopez : L’expérience montre que malgré certains efforts faits dans ce sens, Best Buy Canada a peu d’impacts importants à cet effet sur l’ensemble des fournisseurs, seules les avancées réalisées dans le « packaging » et les PVC pour les marques maison sont concluantes.

QUESTION 3 à Thierry Lopez, Mario Quintin et Steve Teasdale : Considérant tous les efforts faits en développement durable et en RSO dans vos entreprises, comment se fait-il que vos sociétés ne s’intéressent pas à diffuser les informations en ce sens (politiques, programmes et rapport de développement durable/RSO)? Est-ce par crainte d’avoir mauvaise presse, par manque d’intérêt ou, encore, parce que vos entreprises n’ont pas de politiques officielles en ce sens?
RÉPONSE de Steve Teasdale : Dans le cas d’Innu-Science, il y a un intérêt, mais c’est qu’il nous manque de connaissance pour pouvoir le faire.
RÉPONSE de Mario Quintin : La SAQ bénéficie d’excellentes équipes en communication et en marketing et si elle ne le fait pas, c’est plutôt pour mettre l’énergie directement dans les projets qui valorisent le développement durable et la RSO et aussi éviter de créer du mécontentement chez les journalistes.
RÉPONSE de Thierry Lopez : Best Buy Canada fait des actions en développement durable et en RSO et elle ne s’en cache pas, mais elle reste tout de même discrète à cet effet pour deux raisons principales : la divulgation des programmes n’est pas une priorité pour Best Buy Canada et aussi il en va de l’intégrité de l’entreprise par rapport à ce qu’elle fait.
QUESTION 4 à Thierry Lopez, Mario Quintin et Steve Teasdale : Comment vos entreprises communiquent-elles les programmes en développement durable et en RSO à l’interne?
RÉPONSE de Steve Teasdale : C’est relativement facile chez Innu-science puisqu’il y a moins d’une centaine d’employés. Cela se fait de façon spontanée en rencontrant les employés et en sollicitant des volontaires.
RÉPONSE de Mario Quintin : À la SAQ, des renseignements à cet effet sont transmis à l’ensemble des employés par les canaux traditionnels, mais c’est surtout par l’implication des employés dans les projets et par leur mobilisation à travers divers forums que les informations passent réellement.
RÉPONSE de Thierry Lopez : Pour Best Buy Canada, c’est un peu le problème inverse qui se pose. Beaucoup d’employés veulent s’impliquer sans qu’il puisse y avoir de la place pour tous dans les divers comités mis sur pied à cet effet. Au siège social, il est assez facile d’obtenir une certaine constance des programmes dans le temps, mais dans les magasins, où il y a une plus grande concentration d’employés, c’est moins le cas. Alors, Best Buy Canada fait attention de ne pas lancer trop de programmes à la fois dans les magasins et de mener à terme ceux qui sont lancés.

CONSTATS

En somme, les présentations du panel d’experts, les questions de l’auditoire et les discussions qui suivirent ont permis d’émettre quelques constats. Ainsi, il est possible de conclure que les activités innovantes en matière de développement durable sont façonnées à la fois par la mission ou les objectifs de l’entreprise et le contexte commercial auquel elle fait face. Best Buy qui œuvre dans le secteur de la distribution et de la vente au détail innove en réduisant son empreinte écologique, mais elle peut difficilement faire pression sur ses fournisseurs pour que ceux-ci mettent de l’avant des initiatives durables. Pour la SAQ, qui détient le monopole de vente au Québec et un grand débit de vente, il devient intéressant de développer une stratégie d’approvisionnement responsable où les clients, par leur choix de consommation, pourront influencer les comportements des fournisseurs. Elle bénéficie également d’un contexte qui lui permet d’innover en matière de développement durable (ex. recherche et développement sur les débouchés possibles du verre recyclé). Quant à Innu-Science, ses objectifs commerciaux impliquent directement l’innovation en développement durable et peut continuer d’innover en instaurant une démarche officielle de développement durable et de RSE; ce qui d’ailleurs n’est pas une priorité pour les deux autres organisations qui cherchent avant tout à agir dans l’action directe.

Le Réseau entreprise et développement durable tient à remercier monsieur Éric Fortin, étudiant à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, pour la réalisation de cette synthèse de l’événement.